BIPOLAIRE

Maniaco-dépression, troubles thymiques, bipolarité… tout ça, c’est la même chose. Juste une question de mode linguistique.

La bipolarité se caractérise par la survenue de perturbations cycliques de l’humeur sous formes d’accès maniaques et d’accès mélancoliques (la mélancolie étant dans le langage psychiatrique une ultra-dépression), le malade retrouvant (dans la majorité des cas) son état normal dans l’intervalle des accès.
La bipolarité touche environ 1% de la population.
La maniaco-dépression a une prédisposition génétique : le risque de transmission est de 10% chez l’enfant avec un parent malade, 30% pour les deux parents atteints. Mais il faut pour que la maladie se « déclenche » un choc traumatique important : deuil, violence infantile, drogue… Souvent les bipolaires sont donc également de grands névrosés.

Claudel_Implorante
Camille Claudel, L’Implorante

L’accès dépressif

La mélancolie est un état de dépression caractérisée par une profonde douleur morale, une inhibition psychique et psychomotrice, une perturbation des fonctions biologiques : insomnie, anorexie, hallucinations, gestion des émotions exagérée, paranoïa…
La conscience mélancolique est dominée par l’idée de mort recherchée comme une obligation, un châtiment nécessaire. Les conduites suicidaires sont fréquentes et graves, justifiant des mesures de surveillance constante. 20% des mélancoliques décèdent de suicide. 30% des tentatives de suicide sont réussies, ce qui témoignent de la détermination du malade. Un bipolaire a une espérance de vie de 20% moindre à celle d’un sujet lambda.
Autres symptômes souvent décrits : indécision, tristesse, irritabilité, perte de mémoire, d’appétit, de l’estime de soi, sentiments de culpabilité, d’impuissance, autocritique constante, hypocondrie…

antonin
« Je vis dans un continuel bas-fond psychique, cherchant toute la journée mes mots, cherchant ma pensée, souffrant de toute façon. »
« Je suis tombé dans des angoisses colossales qui me tenaient des jours entiers et la nuit jusqu’à l’aurore sous le coup d’une véritable suffocation. »
A. Artaud

L’accès maniaque

La manie aiguë est un état d’exaltation caractérisé par une exaltation de l’humeur à tonalité euphorique, une accélération des processus psychiques avec fuites des idées, une hyperactivité souvent désordonnée et comme pour la dépression une perturbation de certaines fonctions biologiques, le sommeil en particulier.
Symptômes souvent décrits : insomnie sans fatigue, nervosité, énergie débordante, pensée et logorrhée créatives et intenses, multiplication des activités, exaltation, impulsivité, surestime de soi, idées grandioses et erronées, invulnérabilité, pensées disjointes, hallucinations…


jal
« Il me suffit de 53 jours et nuits pour écrire “Ali le Magnifique”, fiévreux, rieur, en sueur, sans parfois débander, au sens propre du mot, pendant des heures, pleurant, mais de bonheur, sur mon clavier, me relisant en chantant, me branlant dix, douze fois par jour, éteignant l’ordinateur à six heures du matin, le rallumant à sept, et puis ne l’éteignant plus du tout, et dormant, assis devant mon écran, par quarts de cinq minutes, pas plus […]. »
J.-A. Léger (alias P. Smaïl)

Les différentes bipolarités

Il existe 4 sous-groupes dans la bipolarité. La bipolarité I est la forme classique du trouble, avec des épisodes maniaques pleins. On parle de bipolarité II est quand l’épisode maniaque est amoindrie (hypomanie). Les « rapid-cyclers » font plus de 4 cycles complets par an ; certains peuvent passer d’un état à l’autre en quelques jours voire quelques heures. « L’état mixte » se distingue par la concomitance des deux phases ! C’est l’état le plus dangereux car le malade a l’énergie de la manie et des idées dépressives.

tableau-BP 2

Les traitements

Les stabilisateurs de l’humeur (ou thymorégulateurs) constituent aujourd’hui le traitement de base des troubles bipolaires. En pratique ils sont souvent associés (notamment en période de recherche d’une ordonnance stable) avec des  antidépresseurs (Deroxat, Effexor, Prozac…) et/ou des neuroleptiques (de dernière génération comme le Zyprexa, l’Abilify…)
En règle générale, le traitement est à vie. Sans remédier totalement à la maladie, les traitements contemporains sont assez efficaces et apportent une nette amélioration de vie.
Toutefois les médicaments (d’autant plus s’ils sont mal dosés) amènent souvent des effets secondaires : physiques (eczéma, tremblements, perte de libido…) mais aussi intellectuels (perte de mémoire, émoussement des facultés cognitives, concentration atténuée…)

Les thérapies

La prise en charge de la maladie passe de nos jours par un travail thérapeutique : (psych)analytique, psychologique ou cognitif selon les malades. Cela permet de travailler sur les névroses, souvent déclencheurs de crises, d’apprendre à gérer celles-ci. Les anticiper et les dépasser.

 

Bibliographie très sélective et en désordre…

  • « Touched with Fire », K. R. Jamison
  • « Ali le Magnifique », P. Smaïl
  • « Autoportrait au loup », J. A. Léger
  • « Une lueur d’Espoir », D. Steel
  • « L’Homme de génie et la Mélancolie », Aristote
  • « Histoire de la Folie à l’âge classique », M. Foucault
  • « Van Gogh, le Suicidé de la Société », A. Artaud
  • « Vivre avec des Hauts et des Bas », Dr. C. Gay & J. A. Génermont
  • « La Maison du Dr Blanche », L. Murat
  • « 100 questions-réponses sur le Trouble Bipolaire » de Louis Bindler et Olivier Andlauer
  • « Manie et dépression » de Marc-Louis Bourgeois
  • « L’Art et la Folie », S. De Sivry & P. Meyer
  • « Troubles bipolaires : pratiques, recherches et perspective », ouvrage scientifique coordonné par M. Leboyer

 

Et les associations, structures utiles…